samedi 24 mars 2012

Extra vecchio

Des lunettes qui ne sont que des verres transparents sur un regard de vase, un teint blafard, une alopécie ravageuse qui ne conserve qu’un duvet jaune sur une nuque ravinée, des costards achetés avec fierté dans un hypermarché alimentaire, ce petit patron de saucisserie fumeur de café-crème est content : il a fêté les trente ans de sa petite entreprise en serrant à peine ses petites fesses ; 10 dl d’huile à la dernière pesée. Son secret ? Aucune spécialité : il tricote toutes sortes de saucisses pour toutes sortes d’appétits, il rassasie large. Morteau, aux herbes, francfort, sèche, au poivre, montbéliard, aux pruneaux, à la bière, au radis noir, au jus de lavabo, au couteau ou à la crème de connard. Toute matière molle, qui se comprime, se rétracte et descend docilement en colonne dans 25 m de boyau de porc naturel sorti de sa saumure fera l’affaire. Sur l’emballage, le petit patron en est encore réduit à subir le marché, mais les balbutiements du boyau numérique semblent déjà prometteurs. S’il se démerde bien avec ces nouveaux boyaux, nul doute qu’il saura séduire un magique fonds de pension.




Nous savons évidemment que l’univers est entièrement fondé sur le principe du cercle contenu dans un autre cercle. Pour le moment, je suis dans un cercle intérieur. À l’évidence, d’autres cercles, plus petits encore, sont encore possibles à l’intérieur de celui-ci.
(John Kennedy Toole, La Conjuration des imbéciles)