dimanche 25 mars 2012

J'aime ma banque

J’aime ma banque. Elle est belle, ma banque, pleine de belles couleurs très belles. Comme du vert petit pois ou du bleu bleu. En plusse, elle est bardée de pognon, ce qui sans être un critère déterminant — je dois l’avouer aux gémonies et à leurs amies —, reste attractif pour une relation long courrier. Tant qu’à se faire circonvenir, autant qu’il y ait des biffetons à la clé, hein ? Mais j’aime si beaucoup ma banque bellement belle que je me fous qu’elle soit blonde, brune ou rousse, j’ai pas de genre préféré pour les banques ; je crois bien que je suis ouvert de l’esprit… Non, sans rire, vous la verriez, avec ses beaux chéquiers pleins de belles couleurs et de belles images de nos belles régions, ses belles cartes en plastique pratique-rutilant pour tirer du flouze dans les lifebox des rues, ses gros taux d’intérêt roses et joufflus, ses belles lettres de courtoisie des découverts, son soutien sans faille aux causes humanoïdes écailleuses et aux artistes poilus… Non, vous diriez : « Qu’est-ce qu’il a de la chance, le type du Spiralweb, d’avoir une belle banque si bellement belle ! Quel est son secret ? » Bah, les gars, j’en ai pas de secret ; c’est comme ça, j’ai toujours eu de la chance. Oh, comme je l’aime bellement, ma belle banque !




La « banque » était jolie. On aurait peut-être exagéré en disant qu’elle était belle, mais sa peau presque sans maquillage était fine et très claire. Les yeux étaient minces, mais la ligne du nez bien droite. Les lèvres avaient une expression indiciblement frémissante. En même temps, elle dégageait une impression de pureté.
(Hiromi Kawakami, La Brocante Nakano)