jeudi 22 mars 2012

Les aventures de Poignan et Pazindem (1)

Poignan et Pazindem se sont rencontrés au dos d’un livre et ne se sont plus quittés. Bien sûr Poignan est un peu casse-burnes aux yeux de Pazindem : toujours la chair de poule, toujours la larme à l’œil, toujours à faire des histoires avec des bouts de ficelle. Et puis Poignan est casanier ; le faire sortir d’un livre et l’inviter à boire une mousse en terrasse, c’est toute une affaire. Son truc à Poignan c’est rien que se pencher à l’intérieur pour y prélever tout à la fois des raisons d’être déçu de lui-même et de l’émotion au mètre. Poignan suinte du lacrymal par tous les pores. Pour être honnête, Pazindem n’est pas un marrant non plus. Lui, c’est le mec de la loose totale : toujours à s’entailler les chairs, toujours à se casser la gueule, la croûte, le fion. Pas plus tard qu’hier soir alors que Poignan, les yeux révulsés par une douleur nouvelle, lui tendait à l’aveugle un mug de pamplemousse-frêne éliminateur de graisse, Pazindem a mal évalué la trajectoire, ripé sur l’anse, et hurlé en se brûlant, renversant sa boisson sur le chien Pipo qui a dégagé fissa la queue entre les jambes. Malgré rien, de désordre ménager en ripitude fractale, tel un vieux couple, Poignan et Pazindem se sont installés dans la vie. Ils habitent désormais quelques précieux ouvrages qu’ils ont fini par acquérir à la sueur de leur cœur. Ceux de Paulo Levy, Guillaume Coelho, Marc Foenkinos, David Mazetti ou Katarina Musso sont très lounge à leurs yeux. Prenant les eaux sous des cascades de velours cramoisi, Poignan et Pazindem y pleurent et saignent de bonheur.





J’habite Villa Borghèse. Il n’y a pas une miette de saleté nulle part, ni une chaise déplacée. Nous y sommes tout seuls, et nous sommes morts.
(Henry Miller, Tropique du cancer)