jeudi 29 mars 2012

Les aventures de Poignan et Pazindem (2)

Poignan et Pazindem sont ravis : bien qu’à l’abri du chômage, ils viennent d’être recrutés pour jouer dans un magnifique ouvrage d’un jeune auteur. Le mec se lance avec fracas et sans retenue dans un livre rare qui devrait révolutionner le roman sur le marché français. Un western métaphysique ! Ça, ça décoiffe, man ! Poignan se voit déjà dans le Grand Canyon de la Mort-qui-tue déclamer du Hölderlin tandis que Pazindem étranglera à mains nues cette saloperie d’aspirana rampante, la tueuse instantanée du désert rouge. Bison ! ça va secouer. Poursuivis par tous les flics de l’État, plusse Sughrue le Teigneux et les Quarante Salopards, il va leur falloir jouer serré. Poignan hésite. Au moment opportun, lorsqu’ils seront rejoints près de leur feu de camp, pourra-il bouter bons et méchants d’une simple socratesque ? Devra-t-il platoniser à donf ? Ou dégainer une Wittgenstein acérée ? S’il se plante, Pazindem va morfler une fois de plus. Au fil de la journée, Poignan commence à se faire du mouron, et Pazindem multiplie les exercices au sac de sable.
À minuit, heure de l’embauche, Poignan est en loques, sa mémoire le fuit comme une carpe koï bondissant égarée dans les torrents de l’Escale d’Asie où nos amis dînèrent lourdement la veille. Poignan et Pazindem enfilent de concert, manière de conjurer le sort, leurs bottes en peau de queue de crotale — fournies obligeamment par l’auteur.
Et Poignan dévisse : doit-il se recentrer western métaphysique ou métaphysique du western ? En quête d’il ne sait quoi de salvateur, il se tourne vers Pazindem quand celui-ci hurle soudain à la mort. Cet enfoiré de jeune auteur avait glissé tout un nid d’aspiranae rampantès dans l’une des bottes ! Poignan tente une pauvre Bergson en direction de la bête immonde. Rien n’y fait. Poignan pleure déjà le décès prématuré de son compagnon lorsque celui-ci, par un prompt retournement avec double réception piquée, surprend le bouquet d’aspiranae rampantès, leur croque la tête, qu’il gobe. Ouf !
Poignan pleurant, mais Poignant vivant, Pazindem écorché, mais Pazindem libéré reprennent la main et confiance. Du western métaphysique, ils ne feront qu’une bouchée. À la vapeur. Coréenne.




Quand je lis dans le journal qu'on a implanté un gène d'épinard chez le porc pour améliorer la qualité de ses jambons, je pleure.
(Marie-Ange Guillaume, L'Odeur de l'homme)