jeudi 5 avril 2012

Je hais ma banque

Dans les blés, vous vous dites « le type du Spiralweb est en train de tourner coucou, comme disent ses amis belges ». Après une déclaration d’amour immondérée à sa banque, il retourne son blouson en, quoi…, dix jours à peine. « Et c’est à un gars aussi peu fiable que ça qu’on confie, à notre cœur défendant, nos enfants dans des ateliers d’écriture pas nets, organisés dans des cimetières ! »
Désolé, les filles, j’ai l’honnêteté intellectuelle virevoltante. Quand je dis que j’aime ma banque, c’est exactement ce que je ressens au moment où je l’exprime. Un tsunami qui me submerge tellement l’intérieur de le moi que j’en ai la chair de foule. Ensuite, il suffit que mon directeur d’agence, vexé d’avoir été surpris les mains dans le camembert un matin vers 9 h 53, m’envoie des lettres d’une violence inouïe pour que je retourne mon cuir sans vergogne. Comment un psychopathe réchappé de justesse de l’enfer de Da Nang ose-t-il donner des leçons de morale à ce client qui se croyait depuis si longtemps (une bonne semaine) son ami ? À quel moment la société tout entière a-t-elle inconsidérément confié les clés de ses banques à des malades mentaux œuvrant souterrainement pour la GloboMondiale, une secte bouffant ses membres un à un ? Découverts en plastique ! Dates de voleur étirables ! Adagios usuraires ! Négationnisme de la langue commune ! Carottes râpées ! 
Ma banque est devenue laidement laide, à tel point que je ne sais plus où abriter mes découverts abyssaux ; comment oser cacher ses gouffres derrière des vitrines verdâtres, bleuâtres et étriquées du bulbe. Franchir la porte automatique m’est désormais un calvaire : les employés ont l’air sous-alimenté (à verser au crédit d’une double nationalité française et NORD-CORÉENNE !) ; les lampes de comptoir sentent l’enseigne suédoise à plein tube, le directeur d’agence porte maintenant une cagoule de soie noire (hé, Gérard, salopard, je t’ai reconnu !) ; des sous-sols montent des bruits de perforateurs, dénonçant une fuite imminente de mes comptes et des vôtres vers les îles Crocodeal.
Je hais ma banque autant que je l’ai aimée. Avec la même fougue, la même innocence, le même entrain véloce. Et dire que ces crétins de banquiers ont une carte d’électeur. Dans certains cas extrêmes, je suis pour le recours aux châtiments corporels. Mais dans quel repli osbcur du monde connu a-t-on élevé en batterie ces abrutis ? Passe-moi le fouet, mon poulet, j’ai du boulot.


      

Il s’assit sur un banc et songea à sa propre vie. Il la mit en perspective avec l’inversion du sens de rotation des eaux usées et se demanda si tout ce qui allait de travers dans son existence dans cet hémisphère Nord tournerait dans le bon sens dès qu’il franchirait la barre de l’équateur.
(Jean-Paul Dubois, Vous aurez de mes nouvelles)

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