lundi 23 avril 2012

Le peuple stagiaire

Peuple étonnant s’il en est, le peuple stagiaire s’est beaucoup développé ces dernières années. Les entreprises sont contentes. Les stagiaires font la gueule. À les voir, on pense que les conditions qui leur sont faites suffisent à les rendre malaimables. On cherche à affiner l’impression… non, c’est pas ça, pas que ça… ils sont jeunes et décérébrés — on est moins jeune et vachtement cérébré, forcément… Ils se foutent de tout, alors que nous, les plus de vingt ans… Mais c’était comment du temps de notre jeunesse — merde, elle est vraiment derrière nous ? Les stagiaires ne foultitudaient pas les rues des villes, les petits jobs (6 € par jour pour garder une plante, un chien, un vieux) n’existaient pas, les loyers flirtaient parfois avec des étiages décents. Oui, quand on avait vingt ans hier, on était plus tendre qu’aujourd’hui, on n’était pas élevé comme un tueur. Mais la société de l’époque entrouvrait ses portes et se laissait gentiment pénétrer par sa jeunesse enthousiaste et entreprenante. L’économie d’aujourd’hui — puisqu’il ne s’agit plus que de ça, le pognon —, la casse, la brise, la piétine, l’humilie, rêve de l’exterminer. Les pays occidentaux ont mis un demi-siècle à reconstruire le fascisme ; désormais nous y sommes. En plein.
Nous survivons au sein d’États totalitaires, et les élections sont une pitoyable mascarade. Qu’en pense le peuple stagiaire ? Lui a-t-on laissé les moyens de penser ?




Aimeriez-vous vivre une vie dans laquelle l’usage fréquent d’acronymes serait autorisé, comme dans « Il vient d’obtenir un CDD » ?
(Padgett Powell, Le Mode interrogatif)

2 commentaires:

  1. photo du matin dans le métro : plein de gens la tête dans leur journal gratuit; En couverture Holl-sark... Ici la France. Tout va bien nous avons repris une activité normale de mouton. Béééééééééééééé !

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  2. Activité normale du matin : médiapart. Histoire de vous remonter un peu le moral.
    Ce n’est pas le 21 avril 2002 à l’envers, mais presque. Ce premier tour de l’élection présidentielle s’achève par deux défaites cinglantes de Nicolas Sarkozy. La première est que François Hollande a toutes les chances de devenir au soir du 6 mai 2012 le prochain président de la République. La seconde est que le score sans précédent du Front national ruine la droite classique.
    © (Reuters)

    Nicolas Sarkozy achève ainsi son mandat par un désastre. En ayant construit sa campagne électorale comme celle du candidat de la droite extrême, le président-sortant n’aura servi que de marchepied à Marine Le Pen. Celle-ci réussit, en faisant bien mieux que son père en 2002 (environ 18 % des voix contre 16,86 % en 2002 mais un nombre de suffrages bien plus important puisque la participation est supérieure de près de huit points), à installer son parti au cœur du débat public. Le Front national a presque doublé son nombre de voix depuis 2007 ! L’étape suivante, à l’occasion des législatives de juin, sera sans doute de provoquer l’éclatement de l’UMP.

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Commentaires