lundi 16 avril 2012

Les aventures de Poignan et Pazindem (3)

Poignan et Pazindem se marrent sans arrêt depuis leur lever, et le soleil n’est pas loin d’aller se pieuter. Ils ont eu une idée géniale. En fait, Pazindem a eu une idée sur laquelle Poignan s’est précipité sa race. Quelle joie dans la maison, quel vélocipède velu, quel glouffre vermeilleux.
Les voilà enchaînés à leurs claviers pour y lâcher les arcanes de leur autobiographie familiale. Et chacun de surenchérir.
Comment mon chien Pipo m’a dévoré la main gauche pour mon anniversaire, écrit Pazindem. Comment j’ai pleuré ma mère à l’enterrement de mon chien Pipo, pleurniche Poignan. Comment en voulant apprendre au chien Pipo à ne plus regarder derrière, je me suis laissé surprendre par le chien Popi, s’étonne encore Pazindem. Comment le chant désespéré du chien Popi m’a brisé le cœur juste à ce moment-là, chiale Poignan. Comment en voulant apprendre au chien Popi qui était le maître, je me suis fait becqueter la main droite par le chien Flageolet, admet Pazindem. Comment l’aérien souffle du chien Flageolet m’a fait toucher du majeur la beauté subliminale de l’univers, hoquète Poignan. Comment en voulant mettre un terme à la longue plainte subliminale du chien Flageolet je me suis fait dévorer la jambe gauche par le chien Galoubet, son cousin, proteste Pazindem. Comment j’ai souffert de voir le chien Galoubet vomir ton tibia et s’étrangler avec ton péroné, flageole Poignan. Comment en essayant de rattraper le chien Galoubet je me suis fait siffler l’autre jambe par la chienne Ocarina, une jalouse ! rugit encore Pazindem des années après.
—C’était Ocarina, t’es sûr ? s’étonne Poignan.
—J’en mettrais ma tête à couper.
Poignan semble réfléchir. Il reprend :
—Avec quoi t’écris ?
—À ton avis ? lâche Pazindem comme on lâche un chien.
—On ne te croira jamais.
—Il faut toujours mentir dans l’autobiogre, sentencieuse Pazindem. C’est comme ça que ça marche.
Les deux de s’esclaffer. Partis comme ça, ils vont écrire dix volumes, reliés en peau de chagrin.




Je crois au salut de l’humanité, à l’avenir du cyanure.
(Cioran, Syllogismes de l’amertume)

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