samedi 21 avril 2012

Tu t'en sors ?

Voilà une épidémie nouvelle qui m’affecte depuis quelque temps. Sont-ce les tentatives de contact avec la Corée du Nord ? Les mots aimables glissés à l’oreille de Poutine ? Mes enthousiasmes italiens ? Mes élégantes photographies de cimetières ? J’ignore encore les origines du mal (c’est mieux), mais il est là, partout, tapi, sournois, autour de moi. Il me saisit, m’agrippe, me terrasse : tu t’en sors ? Tu t’en sors ? me demande-t-on yeux roulant, lèvres flûtantes, air inquiet. C’est gentil d’être gentil avec moi qui dans le fond suis un type gentil — quoique en ce roman cette réputation qui m’est blette est fenêtre un vœu usurpée. Mais est-ce vraiment la bonne question ? N’est-ce pas goofy celle-ci : De quoi sortirai-je ? D’un glurpe vazoulménaire à rotation rapide ? Ou d’une de ces franches éfesses minktoubes ? Et quoi que soit cette molle, gluante et paralysante matière, y étais-je vraiment enfoui ? Quels sont les signes tangibles et mesurables dans l’espace-temps qui incitent l’observateur, et quel que soit son secteur de compétence, à sortir cette grande échelle garnie de pompiers lance brandie ? Tu t’en sors ? Bah non. Quand on me pose la question, j’ai le vif sentiment de retomber en arrière en battant des bras dans la matière paralysante, gluante et molle au milieu d’atomes qui me gloubent alors que je n’avais pas conscience d’être là. « Oh, tu as une sale tronche… ça va ? » C’est à peu près du même tonneau. De glu.




 Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit.
Songer que je ne l’ai pas. Sentir que je l’ai perdue.
(Pablo Neruda, Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Commentaires