vendredi 4 mai 2012

2021

Dès 1948, George Orwell avait raison : les cloisons du monde connu se resserrent, poussées par les robots. Mon beau Spiralweb est désormais surveillé par d’internationales machines, planquées sous toutes les latitudes. Quel vocable a-il déclenché cette nucléaire attaque ? Banque, camembert, sexe, soldates, Corée (du Nord) ? La Russie est entrée la première dans la danse, suivie de près par les États-Unis. Jusqu’ici, rien que de très banal. Mais très vite un R2D2 allemand, un robot belge, un C3PO japonais, une machine mexicaine, des automates et micro-processeurs hollandais, italiens, canadiens, turcs, espagnols, bulgares, suisses ont allumé diodes et caméras. Et hier, ce fut au tour des robots lettons de rejoindre les Grands Observateurs Fébriles de mon beau Spiralweb.
Les Lettons ? Sans vouloir me montrer désobligeant avec les Lettons (tous les Lettons sont mes amis), franchement que peuvent tenter de faire chez moi les machines lettonnes ? Que vont-elles piocher d’intéressant, de leur point de vue binaire, dans mon modeste terreau ? Que tentent-elles de me vendre ? Pour m’atteindre, quel genre d’escouades de spam vont-elles expédier dans les égouts internetiens ? Sans yourte, observerez-vous avec votre coutumière sagesse, les machines sont-elles faites pour tourner. Et pour piller ou détruire, serviles, d’autres machines. Un robot, même débordant d’intelligence artificielle, est conçu pour fonctionner, pas pour se poser des questions ou éprouver des sentiments. Ça tourne. En rond. Point.
Mais moi, qui ne suis pas encore une machine, je ne peux m’empêcher de m’étonner. Que mijote-t-on qui me concerne, à Riga, capitale de la Lettonie ? Dois-je m’inquiéter ? M’équiper d’un masque à gaz et d’une baïonnette ? Dois-je faire appel à une équipe spécialisée en sécurité informatique ? En tant qu’inventeur de la laisse à crétins en béton armé, du petit xumètre de laboratoire et du vent de schiste bitumeux, suis-je particulièrement espionné, traqué, tracé, attaqué ? Le maréchal Poutine m’en veut-il personnellement ? Dois-je me sentir rassuré de ne pas avoir été repéré par les services secrets malgaches et l’armée wallisienne et futinienne ? Ou au contraire… ? Je crois que je vais renoncer à mon pass Navigo, c’est plus prudent.




Les redoutables compas volubiles retirèrent la cervelle du garçon de leur casserole — est-ce que ceci vous fait peur, vous amuse, ou vous laisse indifférent ?
(Padgett Powell, Le Mode interrogatif)

1 commentaire:

  1. D'un autre côté, vouloir un pass navigo, c'est vouloir être fiché. Limite postuler pour devenir terroriste potentiel au cas où quelqu'un déclencheret un patriot act en france (avant le 6 mai, rien n'est gagné)

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Commentaires