lundi 21 mai 2012

Esprit de la matière

Vous vous en doutiez, cela allait vous tomber dessus ; j’allais forcément inverser les pôles.
Ordoncques, magret fou, de quelle matière va-t-il être question ? Quelle est la seule matière à laquelle on puisse prêter de l’esprit ? Peut-on répondre à cette question simplement ? Dans le plus grand dénuement tout nu ? Je l’ignore. Je vais creuser avec vous. Prenez la pelle, moi j’ai le flingue.
D’emblée, évacuons les teilharderies chardinesques qui nous embarqueraient, contraints et forcés, vers un dieu synthétique, même si la noosphère (peu ou prou sphère de la pensée humaine) — création lexicale attribuée à Teilhard de Chardin — est une notion qui pourrait séduire.
Ne bougez pas ou je tire.
Cadence 32 pour le fouet, creusez plus vite sinon je tue le chien ! Sage, Moloch, sage…
Reprenons calmement. Quelle matière ? Évitons les choses nauséabondes, qu’elles soient solides, gazeuses, liquides ou plasmatiques. Une matière légère, vaporeuse, aérienne et parfumée fera l’affaire. Disons un nuage à la fleur d’ylang-ylang.
Creusez un poil plus barbelé sur les bords.
Eh bien, le nuage à la fleur d’ylang-ylang pense, donc il est, a de l’esprit et parfois en fait. Zyeutez donc un cirrus humilis de retour de Mayotte, un condensé de matière pensante : je reviens du plus beau lagon du monde, je rapporte de la pierre ponce dans mes bagages, je vais revoir mes objectifs, je suis capable de distiller les tropiques, je suis parfumé au point d’être entêtant, je sais tout du grand cycle de la vie, il faut que j’achète des saucisses cocktail pour l’apéro de samedi où je convie mes collègues de Bagnolet — ne pas oublier de m’épiler le maillot.
La philosophie n’est rien d’autre : des filaments de goutelettes d’eau qui voyagent.
Pan, vous êtes morts.




Les fourmis sont allées s’endormir
À présent, là-bas dans ces plaines
De pulque et de riz
Au-delà de Pascual
Et de la Ville Cactus
(Jack Kerouac, Mexico City Blues)

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