vendredi 11 mai 2012

Je pourrais changer de voiture

Si l’envie m’en prenait je pourrais changer de voiture. Mais le marché automobile est étriqué : des tanks gris, sans métaux de transition et sans esprit. Si l’envie m’en prenait, je chercherais une bagnole taillée pour tracer la route dans la Vallée de la Mort. Une carrosserie pleine de peintures bigarrées et de chromes rutilants, avec un enregistreur d’histoires à commande au volant et un projecteur de rêves émollients dans le rétroviseur intérieur. Un fuselage taille de guêpe et des roues à rayon. Un grand coffre pour y enfouir mes livres et ma brosse à dents. Un distributeur à musique et un autre à drogues lentes, les deux reliés du fond de la boîte à chaussures à mes sens par un savant réseau de tubes souples et colorés. Et puis là, plantée entre deux ridicules rochers en plein désert, tout au bord de la route poussiéreuse, une auto-stoppeuse endormie sur son sac en peau de léopard des neiges. Je freinerais dans une extrême douceur hydraulique.




Les raisons pour lesquelles on aime ou l’on n’aime pas ma peinture m’importent peu parce que je fais quelque chose qui ne s’épluche pas, qui ne se démonte pas, qui vaut par ses accidents, que l’on accepte ou pas.
(Nicolas de Staël, Lettres)

1 commentaire:

  1. Ha, tu y viens, tout de même! Des belles bagnoles, de la drogue et des auto-stoppeuses (nord-coréennes?).
    Cela dit, Titi, si t'as un bon plan avec une brigade de nord-coréennes...

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Commentaires