samedi 5 mai 2012

Je suis corse

Quasi ex-Parisien et à peu près Charentais, je suis de nulle part. Je suis né à Villeurbanne de parents normands. J’ai vécu dans la première ville à voter Front national (à l’époque où j’y traînais mon adolescence, elle était centre-mou), Dreux, Eure-et-Loir, un département sans identité au nord d’une région atone, la région Centre. Dreux, sa Chapelle royale abritant les sépultures de la famille d’Orléans et le mausolée de Louis-Philippe ; son lycée Rotrou où j’étudiais longuement sous l’ombre tutélaire du dramaturge et poète Jean de Rotrou, un type qui signa en 1628 sa fameuse tragi-comédie L’Hypocondriaque ou le Mort amoureux.
Après un détour d’un an par l’Alsace où j’appris quelques rudiments de mécanique blindée, je filai à l’anglaise vers Paris. Paris où aucun Parisien n’est parisien, Paris où l’anonymat protège au moins d’une certaine forme de vie étriquée, Paris qui demeure la plus belle ville du monde. Mais je ne me suis jamais senti parisien, durocasse ou normand. Et je ne me sens pas charentais.
Je suis de nulle part et de partout. Voilà pourquoi, hier, faisant remplacer les plaques d’immatriculation de ma voiture, il m’a paru judicieux de refuser d’ajouter le numéro 16 ou 75 sur lesdites plaques. Le mec du garage m’a regardé bizarrement quand j’ai insisté pour faire graver 2A, le numéro de la Corse-du-Sud, et la tête de Maure symbolisant l’île. Eh bien oui, j’étais sûr. J’aime le sens de la cagoule chez les Corses, leur tempérament explosif, le fumet de leur charcuterie, et ce petit côté perdu dans le maquis. En revanche, je ne peux pas blairer I Muvrini, y a rien à faire…
Résumons-nous. Je disais ici même le 1er mai que j’étais nerveuse, aujourd’hui je proclame que je suis corse et de nulle part. Je persiste : je suis corse, et comme eux de partout. Et je suis toujours aussi nerveuse. Lefèvrini.




Parfois, je rentre seul à pied, et je la suis le long des rues ténébreuses à travers la cour du Louvre, de l’autre côté du Pont des Arts, sous les arcades, à travers fentes et crevasses, somnolence, blême ivresse, grilles du Luxembourg, branches entremêlées, ronflements et gémissements, persiennes vertes, bourdon et carillons, piqûres des étoiles, rutilements, jetées, tentes rayées bleu et blanc — tout ce qu’elle a effleuré du bout des ailes.
(Henry Miller, Tropique du cancer)

7 commentaires:

  1. Je peux tricoter une cagoule. Quelle taille? Quelle couleur?

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  2. Noire avec un liseré rouge soulignant les yeux. De préférence en satin. Taille extensible : j'ai tendance à grossir du cerveau.

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  3. Le syndrome de la grosse tête?

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  4. Que nenni, chère Mirabelle ! En ce moment je mange beaucoup de cervelle, de veau, notamment, et ça me fait gonfler de la calebasse. N'allez pas croire que je suis en train de me prendre au sérieux. Vous ai-je donné des gages en ce sens sur mon beau Spiralweb ? Je ne suis qu'une immonde crapule prête à tout pour vous arracher ne serait-ce que l'ombre d'un sourire. Tricotez confiante, je ne vous décevrai pas.

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  5. Aldo, dis-moi, un corse vaut-il le quart d'un sarde, hum?

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    1. Tout dépend si c'est un Napolitain qui pèse la chose ou un Auvergnat. À mon avis…

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  6. Thierry, faut que je t' avoue un truc: ton ode apatride a eu une influence considérable sur ma vie personnelle. Au delà du raisonnable. C'est désormais acté: à la rentrée, je pars vivre en Corse. Ajaccio, quartier des Sanguinaires. On rigole plus.

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Commentaires