mardi 1 mai 2012

Je suis nerveuse

Des mois au fond d’une grotte humide et froide à grignoter des chauves-souris, lécher la roche suintante, faire du feu de lichen, redouter la lourde et lente patte d’ours qui va finir par s’abattre sur ma frêle épaule, ça finit par me rendre nerveuse. Et ce printemps qui ne vient pas. J’ai envie de sortir ! Laissez-moi sortir ! Laissez-moi gambader dans l’herbe verte, me rouler dans les graminées, parler aux sauterelles, cueillir des papillons, professer les abeilles, pédaler de bon matin sur les chemins avec Paulette ! Laissez-moi embrasser Jeanne d’Arc et l’évêque Cauchon ! Laissez-moi dévorer la muguette des rues et la muguette des champs ! Laissez-moi barricader la Cinquième ! Laissez-moi plonger dans la Seine avec les grues cendrées ! Ah, forces du mal, dénouez ces cordes qui m’entravent ! Je saurai être reconnaissant.




Je suis ici, l’autre est ailleurs, et le silence est terrible :
Nous sommes des malheureux et Satan nous vanne dans son crible.
(Paul Claudel, Corona Benignitatis Anni Dei)

2 commentaires:

  1. L'important, c'est que tu ne t'ennuies jamais seul!

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  2. Sors du corps de Charlotte B., lectrice de Télérama, je t'ai reconnue !

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Commentaires