lundi 14 mai 2012

Mais c'est dimanche

Je voudrais vous demander quelque chose, dit-elle d’une grosse voix grave en se penchant sur le comptoir de la pharmacie. Voilà, ça fait cinq jours que je suis sous antibiotiques et ça ne passe pas, j’ai les tétines qui coulent. Elle porte entre soixante-cinq et soixante-dix printemps et un imperméable plastique à pois. Vous pourriez me donner quelque chose… ajoute-t-elle au jeune pharmacien circonspect. Ce n’est pas douloureux mais ça ne passe pas, et ça a réveillé mon eczéma. D’un air pénétré, le type dit qu’il ne peut rien faire sans prescription. Vous n’avez qu’à retourner voir votre médécin. Il s’est refermé comme une huître laiteuse et reculé de quelques centimètres prudents, ceux du pouvoir obstiné et réglementaire. Mais c’est dimanche, insiste-t-elle dans un dernier baroud d’honneur. Il sourit, regard de vase. Ça me travaille, chuchote-elle. Elle lui souhaite une bonne soirée et s’en va à reculons, vieux crabe désemparé dans la marée.



Je voulus revoir sa photo, la photo du magazine de mode de Toronto où elle est si souriante, si sexy dans une roble moulante.
(François Weyergans, Royal Romance)

1 commentaire:

  1. Oh quelle horreur, lire ça de bon matin couperait l'envie de prendre un café... avec ou sans lait.
    Et quel crétin ce pharmacien!!!

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Commentaires