mercredi 9 mai 2012

Plongée gonzo dans une famille toxique

Il va mourir, mais il aimerait refiler sa mort à la génération d’après. Dans sa lettre à l’un de ses fils, il ne parle pas de son opération mais d’une perforation. Il ne reprend pas conscience, il fait son retour à la vie. On lui a conseillé une convalescence chez lui, il la juge plus pratique pour quelqu’un qui vit seul. Il aimerait revoir ce fils-là, l’aîné, celui avec lequel il est fâché, avant qu’il ne soit trop tard. Ils ne se sont pas vus depuis plusieurs années, silence rompu par quelques lettres du père ; des lettres de règlement de comptes et d’adieu (comme les chanteurs, il reporte sine die ses adieux). L’une d’elles a amené le fils excédé à répondre sur le même ton ; en retour une salve : le père l’accuse de parricide. Il va mourir et n’en supporte pas l’idée alors qu’à son fils adolescent, il répétait en boucle qu’il pensait à la mort (sa mort donc) chaque jour. Il va mourir après avoir survécu une dizaine d’années à son épouse. À l’enterrement de laquelle le plus jeune de ses frères a hurlé à l’aîné que le cancer s’était trompé de cible, devant le père qui est demeuré muet. C’est tout le charme des familles aimantes. Le père va mourir, mais il échangerait bien sa mort avec la vie d’un de ses quatre fils. L’aîné, ce sale con indépendant, pourrait faire l’affaire. Il va mourir dans l’effroi après avoir rasé les murs toute sa vie, manipulé son monde, perverti le moindre sentiment se rapprochant de l’humain.
Il va mourir, et toute la difficulté pour le fils aîné est de choisir la meilleure solution de survie : le revoir une dernière fois et ne pas sombrer dans l’océan fétide dont il a passé des années à s’extirper ; refuser de le voir et être hanté par ce refus pour le reste de ses jours. Et, forcément, il a peu de temps pour se décider.




De temps à autre, quand votre existence devient trop compliquée et que vous vous sentez encerclé par les petites bêtes fouineuses, le seul remède authentique est de se bourrer des produits chimiques les plus atroces, puis de descendre à tombeau ouvert de Hollywood à Las Vegas. Pour se relaxer, pour ainsi dire, au cœur du soleil du désert. On descend la capote, on s’enduit la figure d’une pommade blanche pour bronzer, et on démarre avec la musique à plein volume et un bon demi-litre d’éther.
(Hunter S. Thompson, Las Vegas parano)

1 commentaire:

  1. Mais ce fils aîné peut faire ses adieux d'une autre manière, tout aussi définitive et moins toxique : ze book. Ce fils n'a certainement pas besoin de la morve larmoyante et perverse d'un agonisant. Parce que ça va forcément le faire flipper. Le faire penser à lui, plus tard, à lui, avant... A moins de vouloir cracher sur son lit d'hôpital ?

    RépondreSupprimer

Commentaires