vendredi 22 juin 2012

Des nuits zombies

Des nuits entières à sentir le sang battre et frapper sous la peau, les muscles se racornir comme des fruits desséchés, les poumons se comprimer à la recherche d’un souffle. Des nuits entières à redouter le jour qui traîne dans son dos la nuit. Des nuits de rage indienne entre deux eaux épaisses, des nuits de nage, des nuits d’accrochage, de déchirement. Comme un papier jeté à côté de la corbeille, comme un arbuste rompu sous le vent.
Des nuits de poings fermés, des nuits de dents grinçantes. Des nuits de désespoir déçu. Des nuits mauves, et fauves, et souterraines. Des nuits d’arène et de jeux du cirque. Des nuits de poison goutte à goutte distillé. Des nuits de tempête où les fantômes vont par bandes. Des nuits de landes et de désert, des nuits de souffre et d’abîmes bleus. Des nuits de coups, de blessures et de sang. Comme un rideau de brume, comme une pluie brûlante.
Des nuits entières à écraser les secondes du gras du pouce, à tuer le temps pour mieux anéantir du vide. Des nuits de mots et d’encre, des nuits binaires éclairées par une diode jaunâtre au pied d’un croissant vert. Des nuits de pages froissées et d’images magiques. Des nuits de grenouilles et de lièvres, de puits vidés, de fossés traîtres. Des nuits où la violette repousse de travers. Des nuits de claques et de casquettes, des nuits de fumées lourdes. Des nuits de ricanements étouffés et de petits crachats. Comme un vertige surgissant d’une catacombe, comme une chaussée de pierres tombales.
Des nuits d’efforts vains et de fouets. Des nuits de rires forcés, de mortes ivresses, de fesses incarnées, de doigts tranchés. Des nuits de soleil sourd. Des nuits de glaise ballerine. Des nuits de corps tendus sous la laine. Comme un arc vers l’horizon, comme un hauban vengeur.
Des nuits zombies d’illusions roses, des nuits pauvres de nous, des nuits pour un cri. Comme une langue arrachée, aux pieds foulée, comme une sauce piquante.
Des nuits de mains brandies et de hachoirs mats. Des nuits de floralies indignes et de cuisine tintante. Des nuits de schiste empilées, des nuits de crassiers remontés. Des nuits de fumerolles rouges et de vapeurs anciennes. Des nuits de rouages polymères. Comme des rosiers habiles, comme des serpents grimpants.
Des nuits.
Des blanches.
Des nuits.




Nous fumons et les nuages ne nous remarquent pas.
Un chat passe, il se secoue, Shakespeare tombe de son dos.
(Charles Bukowski, Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines)

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