samedi 28 juillet 2012

Comment se faire de nouveaux ennemis

Posons le postulat suivant : des ennemis, nous en avons tous. La pluie part du flan, ils se sont installés dans nos vies malgré nous. Salé sofa ! Désormais intervenons ! Allons chercher de nouveaux ennemis, choisissons-les plutôt que de supporter qu’on nous les impose. Cela permet de gagner du temps, de bien ranger ses affaires, voire de sévir sur un créneau particulier.
Voici quelques recettes aussi infaillibles que méritantes :
—Ouvrir un club de crétins, puis, après avoir complaisamment indiqué que l’on était le premier des cons, se retirer du jeu en ricanant.
—Établir des listes de reproches, les communiquer sèchement aux personnes concernées.
—Taper systématiquement sur certaines professions à fort hargnoconsensus : barmen, chauffeurs de taxi, routiers, schmidts et poulets, personnels des compagnies aériennes, contrôleurs de tout poil, concierges, inspecteurs des impôts, prêtres pédophiles.
—Plus subtil, zigouiller des professionnels respectés par l’opinion publique : les sages-femmes sont des abruties ; les maîtres-pipiers de Saint-Claude sont tous impuissants ; les compagnons du devoir salopent la belle ouvrage ; les auxilliaires de vie sont décérébrés ; les journalistes sont des ratés ; les artistes n’ont rien à dire ; les médecins sont des tueurs en série ; les prêtres catholiques non-pédophiles chantent faux ; les pompiers sont des pervers polymorphes.
—Prendre parti pour des causes discutables : soutenir la corrida, détester les enfants, dénigrer la littérature jeunesse, dénoncer les mœurs des animaux de compagnie, défendre la présomption d’innocence des prêtres pédophiles, des violeurs et des terroristes lestés de ceintures d’explosifs
—Poser des actes forts : sodomiser les grues cendrées, éplucher de jeunes enfants telles des bananes, épépiner un maître-nageur, crever les pneus des ambulances, embraser les buffets de gare, vomir dans les bagages à main, traverser les aires d’autoroute à fond de train.
—Dénigrer toute entreprise culturelle, éducative, sociale ou humanitaire : la bouffe des restos du cœur est infâme ; on aide que les tarlouzes ; les chiffonniers d’Emmaüs puent du bec ; les festivals de l’été sont des complots politiques ; le bac pour tous est plus dangereux qu’un pont à haubans.
—Fonder une nouvelle morale : un esprit libre est supérieur à un corps sain, les drogues peuvent avoir du goût, la jupe légère est supérieure à l’étendard.
Et finir sur cette saillie : les humoristes sont les pires sales cons du répertoire.
Succès garanti.




—Faut que je les mette là-dedans, les mômes ! a fait Andy, en lançant un autre châssis métallique en direction de l’autoclave, de l’autre côté du sol en béton. Tu vois, il est presque cinq heures et v’lan, Frank me refile ces mômes, et il veut que je les nettoie. Que je les mette là-dedans, les mômes !
(Graham Parker, Pêche à la carpe sous Valium)

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