vendredi 6 juillet 2012

Temps versatile

Ici, le ciel brasse tout ce qui lui tombe sous la main. Nuages, poussières, humeurs. On peut entamer sa journée avec l’envie de visiter le fond du puits et la terminer en hésitant entre deux poutres de la grange. Dit comme ça, l’affaire peut difficilement séduire. En creusant sous les mots, chères soldates surentraînées, vous ne manquerez pas de découvrir des trésors cachés : l’odeur du lierre qui s’accroche au bout des doigts et que le savon ne vainc pas, la couleur chiffonnée d’une rose après la pluie, le bleu Yves Klein de la lavande, le vol étourdi de la huppe en bordure de fossé, le regard impavide de la buse variable sur un piquet de clôture, le silence mat de la pelouse, l’entêtement du grain de cassis sur la langue, le rire de deux Hollandais volants. Oui, chères soldates nord-coréennes, vous regroupez ces découvertes sur les dalles de la terrasse, histoire de procéder à un tri, à un classement, à un exercice d’admiration. Oui, oui. Oui.
Et puis vous jetez l’éponge, saisissez la carte électronique de votre bagnole, rejoignez la D13 : vous disposez d’une quinzaine de kilomètres pour risquer le dernier point de votre permis. Vous appuyez sur l’accélérateur et vous jouez. Les premières secondes de la partie apportent une sensation étonnante.




La subversion est un petit luxe qui permet de respirer dans l’ordre.
(Éric Meunié, Poésie complète)

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