vendredi 31 août 2012

Noir Soulages


Il n’y a jamais eu autant de lumière que dans nos nuits. Nos nuits de paupières closes et de volets poussés, nos nuits de matière désirante et de reliefs aveugles. C’est au couteau que nous sculptâmes nos nuits, prélevant en nous cette pâte qui nous fit, nous dressa l’un contre l’autre, nous roula dans la pénombre au cœur même de la lumière. Vitrail. Sanctuaires. Profanations. C’est Soulages qui nous peignit à Conques. Chaque nuit nous fûmes sa Vierge noire, son trésor révélé.
Chaque nuit nous sommes.
Il n’y a jamais eu autant de lumière, de matière, de mouvement que dans nos nuits. Laves volcaniques de l’ouest, griffures, morsures, douces chimères des peaux. Il n’y a jamais eu autant de lumière que dans nos nuits chavirées. Naufrages par les gouffres, remontées mécaniques des puits de mines, soleil crevasse. Nuit tapissée de mauves où s’épanouissent les velours noirs. Charbon. Ballast. Vapeurs opaques. Tunnels. C’est Soulages qui nous peignit à Conques et dévora à pleines dents notre épuisement. Chaque nuit nous fûmes sa toile tendue, arène vive.
Chaque nuit nous sommes le sable et le toro de Miura.





Je suis un inventeur bien autrement méritant que tous ceux qui m’ont précédé ; un musicien même, qui ai trouvé quelque chose comme la clef de l’amour.
(Arthur Rimbaud, Illuminations)

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