mercredi 29 août 2012

Rouge total


Ils marchèrent longtemps, si longtemps, avant d’atteindre le rivage. Il arrivèrent sur la plage nus, en lambeaux. Elle venait du nord-est, lui du sud-ouest. Lorsque leurs pieds meurtris par un chemin de glace glissèrent sur le sable brûlant, ils s’aperçurent. Aux deux extrémités de cette langue qui léchait l’océan, ils étaient seuls. Ils avaient rendez-vous devant le soleil couchant. Au centre de l’image, ils se rejoignirent, n’eurent pas la force de parler, furent incapables de se toucher. C’était l’horizon qu’ils étaient d’abord venus embrasser, l’horizon de leurs vingt ans, des passions inassouvies, des rêves tenaces, de la vie folle. Chacun avait combattu de haute lutte pour parvenir au bout de ce monde-là. Ils se regardèrent en souriant, fatigués ; ils se reconnaissaient. Le soleil fit son boulot dans l’image : il descendit sur l’eau avec détermination, habitude et légèreté malgré tout. Ils s’embrassèrent en riant, envoûtés, leurs pieds foulant le rivage rouge de l’amour total.





Hypnotic kisses
avril 2012
acrylique sur papier
Mo Caffet

3 commentaires:

  1. Quand je n'ai pas de bleu, je mets du rouge. Pablo PICASSO

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  2. I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
    Dans la colère ou les les ivresses pénitentes ;
    (…)
    O, suprême Clairon plein des strideurs étranges.
    Silences traversés des Mondes et des Anges :
    — O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

    Arthur Rimbaud

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  3. Tu sais, une fois mon verbicruciste dominical ma demandé :
    - Que du blanc pour Arthur... en vingt lettres.
    J'étais drôlement fier d'y poser vingt E. C'est pas banal, non plus, le Michel Laclos.

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Commentaires