mardi 11 décembre 2012

Mais y connaît pas Raoul, ce mec !


En principe, un déménagement est un mouvement. Et tout suit, tout s’inscrit dans ce mouvement. Et tout devrait coller à la courbure de l’espace.
C’est sans compter sans le côté sournois de l’administration qui ne vous laisse pas filer comme ça.
Deux trésoreries me réclament mon impôt sur le revenu, alors que j’ai tout bien rempli la paperasse dans les délais et les bonnes cases. L’une, appelons-la A, m’a déjà ponctionné le flouze via le moyen moderne du prélèvement. L’autre, B, me réclame la totalité de l’impôt au 15 novembre. La somme perçue par A est supérieure à ce que me réclame B. Vous, chères soldates des légions nord-coréennes, costadus de la cervelle comme vous l’êtes, vous en déduisez que A va causer à B et que, parallèlement, A va vous rembourser le trop-perçu via un autre moyen moderne, le virement. Fastoche et lumineux, A détient les clés de ma maison bancaire !




Ben pas du tout, du tout. Un gars de B m’apprend courant octobre, lors d’un premier appel téléphonique, que A ne communique pas avec B ni B avec A. « C’est comme ça. » Argument imparable. Il me conseille alors vivement d’adresser un courrier à A, force photocopies à l’appui. Comme j’ai rien de mieux à foutre de mon temps, je finasse : j’écris à A et à B, avec tout plein de beaux arguments dropés et de judicieuses photocopies croisées.
Les courriers partent le 29 octobre — donc avant le 15 novembre ; malin, le Spiralwebman ! — affranchis au tarif rapide, foin de l’arnaque du timbre vert dans l’affaire.
Au 10 décembre : rien. Ni courrier, ni appel téléphonique, ni mail. Et burnous, ni virement.
Le 11, je réserve la journée, toute la journée pour joindre les connards de chez A et ceux de chez B. En huit appels chez A, deux heures de musiquette classique pour patienter. Et là, je tente ma chance chez B. Un mec gentil qui admet que, même pour lui, c’est un bordel de joindre A (« Paris n’a pas fait son travail »). Il me dégotte trois numéros de téléphone que le grand public ne connaît pas. J’essaie : deux sonnent dans le vide (une vingtaine de sonneries pour chacun), le troisième aboutit dans le tympan fragile d’un type débordé et suant (je l’entends suer dans l’écouteur) qui est « à l’accueil des gens » et qui ne peut pas répondre au téléphone ni passer la communication ni fournir le numéro du standard.




C’en est trop, je monte dans les tours et décrète que ces crétins atomiques de rang 1 ne me boufferont pas une journée entière.
Le type de chez B m’ayant affranchi, je pourrais porter plainte devant le tribunal administratif (coût : 33 euros).
Je pourrais patienter.
Je pourrais aussi tuer le ministre de l’Économie et des Finances (c’est ce que j’ai dit au fonctionnaire de chez B au téléphone ; le mec m’a rétorqué sèchement qu’il n’avait rien entendu et incité à faire gaffe en crachant mes âneries dans le téléphone, à quoi j’ai répliqué que j’en avais rien à battre des Grandes Oreilles ; j’avais déjà charrié Poutine et d’autres dictateurs sur mon beau Spiralweb, j’étais un freeman, un cador qui n’avait pas peur du banjo et de la dynamite…).
Je n’en veux pas personnellement à Pierre Moscovici qui a ces temps-ci la charge du paquebot bercyen. C’est un gars qui a en loutre une bonne bouille, le sourire avenant et la force tranquille de l’énarque — malgré Doubs, le gugusse de Montbéliard a signé un bouquin intitulé Le Liquidateur… C’est un expert. Mais en quoi, vraiment ?
Et subséquemment voilà que j’apprends que deux petits vieux à la très petite retraite qui avaient envoyé une enveloppe contenant des miettes de pain à François Hollande se retrouvaient devant la Justice pour injures au chef de l’État. Non, sans déconner…
Toutes obédiences confondues, le personnel politique est défaillant. L’administration est morte, les services publics ont été dépecés, le pays est en faillite. Et tous ces gens auxquels on a confié nos existences de pauvres hères sont des salopards patentés qui n’ont pas mis le nez dans la réalité depuis… La morgue du pouvoir et des institutions est devenue nauséabonde.
Une révolte ? Non, Sire, une révolution. 
Pourquoi aurais-je donc pitié du ministre de l’Économie ? À la lanterne !





Une fois passé le premier moment de stupeur, chacun des Trois N réagit à sa manière : Nathalie éclata en sanglots, Nick tapa rageusement des poings contre la porte, et Noël fit calmement le tour de la pièce afin d’évaluer les chances d’évasion.
(Roberte Armand, Les 3N et le Bouton d’argent)

2 commentaires:

  1. A pleurer de rire ! Mais, pleurer aussi de se sentir tellement étranger à ce "Barnum" irrationnel.
    Excellentissime !

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  2. On rigole, on rigole, mais je connais un tchèque à qui il est arrivé les mêmes trucs et qui s'est réveillé en cafard, le lendemain ! les élytres, les pattes, les antennes, les questions existentielles, tout.
    Ch'te racont'pas les relations administratives que t'as, après çà !
    Va t'expliquer, tiens !
    Et les flicards qui viennent te cueillir, pour finir, c'est pas à la lacrymo qu'ils te soignent, c'est au Flistox, putain !

    Non, Titi, te fâch' pos avec ces affreux ; carme ou barre-toi en Belgique. Y sont devenus féroces à Bercy.
    On te préfère encore en vieux coyote vivant qu'en cafard écrabouillé...

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Commentaires