jeudi 17 janvier 2013

Je suis d'une nature méticuleuse


Sept passeports de complaisance estampillés belles dictatures (Corée du Nord, Birmanie, Chine, République de Weimar, Cuba, Syrie, Italie), quatre armes de poing (deux 9 mm Parabellum : un joli Beretta 92 FS et un instable Jericho 941 F ; et deux .45 ACP : un dangereux Heckler & Koch Mark 23 et un Glock 21, mon petit chouchou), deux lames (un couteau de plongée : un beau poignard Fox ; et un sensuel couteau de chasse : un poignard à dépouiller Buck Zipper, lame de 10 cm et manche stamina).
On peut posséder de beaux outils et se montrer maladroit. J’ai gâché de la marchandise, mes chères soldates des légions nord-coréennes, avec une certaine naïveté, à défaut d’une naïveté certaine, et un enthousiasme qui me paraissait de bon aloi. J’ai loupé des mises à mort comme on fait tourner une mayonnaise ; trop de précipitation nuit.
Confucius sentençait un truc du genre : il est nul besoin d’aller plus vite, il convient de ne pas s’arrêter. Que les mânes de Maître Kong me croquent : il m’a fallu quelques décennies pour en convenir.
Oui, j’ai massacré mes ennemis sans aucune vergogne, salopant ce qui aurait dû être de la belle ouvrage. Chères soldates nord-coréennes des brigades motorisées, songez seulement à la dépouille d’un skonk aux viscères éjectés par des roues de 4X4 sur une voie rapide des Keys, à celle d’un reloup collée au goudron d’une départementale betteravière par la Corsa d’un chanoine pédophile, ou d’une délicate loumotte explosioventilée aux quatre coins d’un chemin vicinal breton par les six monstrueuses roues du Fendt Trisix Vario, un tracteur géant de 540 CV piloté à distance par un éleveur de porcs… Vous aurez une vision de mon hystérie professionnelle.
Je suis d’une nature méticuleuse ; j’ai beaucoup souffert.
Aujourd’hui, cela va mieux. Joie, bonne humeur et méthode m’autorisent à aborder mon prochain contrat avec calme et détermination. Juan Daniel, grossier représentant andalou en soutiens-gorge grandes tailles, n’a qu’à bien se tenir. À ses suspensoirs.




Déjà, des mains l’avaient saisi, et la pointe d’un couteau se posa sur sa gorge. Il fut hissé à bord de la barque et, sans même qu’il eût la possibilité de se défendre, on lui lia les pieds et les mains. Quand ce fut fait, les dacoïts reprirent leurs gaffes et l’embarcation, toujours éclairée par le fanal, repartit dans la direction d’où elle était venue, le long du collecteur.
Bob Morane comprit alors avec angoisse  qu’il était prisonnier de Monsieur Ming.
(Henri Vernes, Les Sosies de l’Ombre Jaune)

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