lundi 25 mars 2013

Georges


Toujours souriant, le bras levé pour vous saluer quand il vous croise dans la rue, Georges marche. Chaque jour, Georges marche, arpentant les mêmes trottoirs, sourire aux lèvres, l’allure chancelante. Casquette à oreillettes posée sur la tête comme de la chantilly prête à s’effondrer, long manteau en poil de chameau galeux, grosses tatanes desserrées sur des guiboles de serin mal assuré, Georges marche dans le village. Georges tourne en rond, sciemment. C’est son activité principale, et elle n’intéresse personne : les gens passent, blasés, peu d’entre eux le saluent. Après tout, ce n’est que Georges. De la vieillerie sans âge déterminé qui se faufile doucement entre murs de clôture et carrosserie des voitures.
C’est curieux, cette façon de construire en cercle autour d’une éminence ; le marcheur ne s’en sort jamais, comme s’il pratiquait, sans fin, la brasse coulée. Certains jours, quand je n’ai pas croisé Georges, je me demande s’il ne s’est pas noyé. Pas sûr qu’un habitant se risque à plonger pour le sauver des flots. A-t-on vraiment envie de voir émerger la différence ?




La pluie a grossi, elle tombait en gouttes laiteuses, qui s’écrasaient en laissant de l’écume. Je l’entendais, aussi, frapper la banne à l’abri de laquelle je me tenais encore, son crépitement gras dominait les roulements, et je me suis dit que la vie devenait violente, j’ai rentré légèrement la tête dans les épaules.
(Christian Oster, Rouler)

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