mercredi 23 avril 2014

Mort à le vieux


Le vieux pue. Le vieux se noie dans sa culture. Le vieux est con. Le vieux la ramène tout le temps. Le vieux croit qu’il quitte un monde qu’il a façonné de sa main. Le vieux croule sous l’expérience. Le vieux boit trop, rit fort, hurle à la mort. Le vieux écoute de la musique de merde. Le vieux ne veut plus travailler. Le vieux est obsédé par son plaisir. Le vieux ne s’engage plus. Le vieux n’a plus aucune morale. Le vieux ne respecte plus rien, ne s’intéresse à rien, ne pense plus. Le vieux est proche du règne animal, et parfois n’hésite pas à se végétaliser. Le vieux hait le jeune. Le vieux s’étouffe dans son éducation ; obséquieux, il ne sait pas se tenir en société. Le vieux refuse la propreté. Le vieux s’asphyxie de gastronomie et d’œnologie. Le vieux caresse la langue et empile les livres sur la tablette de son fauteuil roulant. Le vieux zappe tout. Le vieux passe son temps devant les infos régionales, les questions de Julien Lepers et les bulletins météo. Le vieux surcommunique pour laisser des messages abscons au fond d’abyssales boîtes vocales. Le vieux sait ce qu’est un déodorant, ce qui n’est pas une garantie de fraîcheur. Le vieux est têtu. Le vieux ne lâche rien. Le vieux adore les carrés de chocolat, le pain beurré, les spaghettis à la sauce tomate, le potage lyophilisé, la bière blonde française. Le vieux erre, perd son temps, fait la gueule en permanence. Le vieux n’est pas serviable, dort beaucoup, ne range plus ses affaires, donne des coups de pied dans les couilles des chiens, court après sa zappette télé.
Le vieux ne sert à rien dans la société inutile d’aujourd’hui. Mort à le vieux. Si vous en avez un sous la main, faites-le piquer.




 « Si vous pouviez assister à une exécution, le feriez-vous ? »
(Padgett Powell, Le Mode interrogatif)

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