jeudi 9 octobre 2014

Mauvais coton


Mon ami Jo le Harceleur me donne bien du souci. Depuis que notre mob est tombée en rideau et que la pluie retriple, il pique du nez. Dans n’importe quoi : du pastaga de contrebande, de la prune artisanale, de la farine à se repoudrer, du canard wc parfum menthe fraîche. Dans sa cabane sur la pradelle, il ne surveille même plus l’éclosion des crocus sativus ; je sens pas trop la récolte de safran cette année. Pourtant, que je lui dis, redis et archidis, si on s’arrache pas les doigts, on arrivera à rien, c’est pas avec les assurances sociales qu’on va becqueter, et en attendant la campagne d’hiver des Restos du cœur, tout est bon. Déjà, que j’y souligne, déjà que ça te gonflait de faire l’exposant dans les vide-greniers cet été alors qu’on aurait pu se manger trente à quarante euros par week-end. Déjà que tu voulais pas donner des cours de français aux bataves et aux rosbifs — sept euros les deux heures par tête, sur trois têtes, ça se refuse pas, Jo, merdazione ! Déjà que tu voulais pas mollir sur les grilles de loto sous prétexte d’une martingale. Déjà que t’as laissé le potager péricliter vu qu’il n’arrêtait pas de vaser et que l’herbe poussait plus vite que tu l’arrachaises. Vas-y, que je l’exhorte, brosse la putain de bougie de la mob et ça va le faire.
Mais Jo est devenu autiste, conforté dans cette voie depuis qu’il est allé, en stop, applaudir Flamby à Angoulême, et passe ses journées à zoner. Sauf que dans notre bled de dix foyers, zoner, c’est vite vu : en une demi-plombe, t’as parlé de la météo à l’ancien maire qui fait sa promenade hygiénique devant ta fenêtre de cuisine chaque jour à 9 h pétantes, de l’art de la culture de la betterave aux Zollandais néo-babas, t’as fait coucou des cinq doigts à Gemma Bovery qui balade ses caniches avec une mini-jupe d’où le persil dépasse du cabas, t’as refusé la coupe de clairette de Die du British thatchérien qui fête son retour pour voir passer les grues. J’ai beau y dire au Jo qu’y a rien à espérer d’une telle engeance, il y croit encore, rapport à son ancienne vie à Paname où il réseausocialisait à mort. Forcément, Jo a sombré dans la déception. De déception en affliction, d’affliction en addiction, Jo a fait son tour de manège en moins de temps qu’il ne faut pour simplement l’imaginer.
On a causé des soirées entières ; je m’efforçais de le réconforter en lui laissant le choix du programme télé et du menu du dîner. Mais à force de me taper Money Drop et des patates à l’eau, j’ai commencé à faiblir. Jo s’est mis à pleurer en silence, d’un œil, rapport aux économies que nous avions décidaciées. Il fixait le poêle à bois comme s’il allait se lover derrière la porte vitrée et croquer à pleines dents les belles braises de chêne pubescent. Je ne reconnaissais plus le bâtisseur d’empire déchu que j’avais rencontré l’été dernier.
Un jour pourtant, il me surprit ; il se leva de bon matin et alla semer à la volée un sachet de radis. Chouette, me dis-je, le gars reprend du poil de la bête, fini l’alopécie sacrificielle. Il me fit l’aumône d’un sourire, dont j’aurais dû me méfier. Trois jours durant, il s’en fut dénombrer les radis levant les bras pour s’arracher à la glaise, récolta sept fleurs de crocus, les dernières tomates cerises pourries de flotte, et me confia que désormais il s’occuperait aussi de la cuisine. Ça sentait l’embrouille, ou pour le moins l’indigestion sévère. Mais Jo est mon ami, Jo est mon frère, Jo est mon frère, Jo est mon ami. Encouragé par la lévée de radis, Jo s’est mis à tout compter : ses pas pour traverser la cuisine, les voliges qu’il avait clouées dans sa cabane, le temps pris pour fumer un cigare, ses pets, les nuages, les feuilles des poireaux, et même ses ronflements, se réveillant dix fois par nuit pour faire le point. Quand il a voulu faire l’inventaire exhaustif de mes poils de nez, j’ai mis le holà. Jo s’est vexé et retiré dans sa cabane avec tous les liquides auxilliaires de vie de la communauté.
Jo le Harceleur me donne bien du souci. J’ai dû l’enchaîner à sa cabane, ne lui laissant que trois mètres de mou pour atteindre les toilettes sèches, ses flacons de rhum et d’eau de parfum, ou se livrer à sa seule activité désormais : construire un rouet à manivelle avec des allumettes. Jo me sourit béatement à chacune de mes visites pour remplir son écuelle de lait et de pâtée pour chat, et répète comme une antienne que ce n’est pas lui qui file un mauvais coton. Je me demande bien comment tout cela va finir.




« C’est pourquoi, au risque de m’attirer les foudres de la Faculté et du Syndicat des garçons de bains en eau douce, je ne crains pas de l’affirmer haut et fort : l’eau est vénéneuse. Elle contient un autodépresseur suractif dont la consommation régulière peut conduire l’homme au suicide, au meurtre, voire même à s’abonner à Jours de France. »
(Pierre Desproges, Encore des nouilles)

7 commentaires:

  1. Tu pourrais dire comme Flaubert à propos de Madame Bovary : "Mais Jo, c'est moi !"
    Pourquoi vis-tu en ermite désormais ?

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  2. Inutile d’essayer de lire entre les lignes zapotek, saisis seulement le second degré, la poésie, laisse toi aller. Ne vois-tu pas la dure vérité qui t’attend, ici elle est joliment brodée de poésie. Mais, comme disait mon prof « Une merde encadrée restera toujours une merde » La vie aujourd’hui, c’est ça aussi ! Tu t’endors dans une mortelle convention, qui es-tu zipotek ? N’es-tu pas une menace pour affirmer ce que tu dis. Ami, entends tu la rumeur qui se déguise pour placer ses commentaires incognito. Es-tu apte à lire de la poésie ? Plus simplement, es-tu apte à lire ?

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  3. Il me plaît ton Jo, je l'aime déjà...
    D'ici à ce que je déboule à la surprenante, le temps d'une légère visitation, y a pas lerche !
    Faut cependant que j'ai la géolocalisation convenable à rentrer dans l'ordinateur de bord de la R16... Et oui, j'ai tout perdu... on a dû jeter le papier, 'tain (appelle-moi, bordel !).
    Et rassure Jo, fils à papa ne se déplace pas les pognes vides... L'a du répondant ton cadet, et il n'a pas peur de brosser le cul d'une bougie... y a pas, faut qu'elle pète c'te mob !

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  4. Qui plus outre, tu n'as toujours rien écrit depuis un mois ; tu fais ta feignasse ou quoi ?

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    1. Chers Fils de Pâques, Être à Papa et Délicieux Incognito,
      Il suffa ! J'avions des radis à récupérer, divers tracas mobyleto-ménagers et des responsabilités félinesques qui m'ont bien occupationné toute une lune. je reviendrationnerai vers vous dans les prochains jours : chuis pas une feignasse, merdazionne !
      Quant au gros enculé de Zapotek dyslexique qui n'ose pas signer son reproche-forban, je lui pisse à l'anus !

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    2. Ok, vieux coyote, règle tes comptes avec tes camarades de chambrée et tiens-moi au jus, nom de dieu !
      Mais qui m'a foutu des réservistes pareils !
      Hop, Deuïl, hop, d'oeil, hop, deuÿ, etc.

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    3. Pas de chance, Jack, mon pote (?). Ici le tôlier est particulièrement atrabilaire, vindicatif, hargneux et tête de con avec les crétins dans ton genre : les couards infoutus de signer de leur nom leur pauvre prose absconse. Dis-moi, Jack, tu débutes dans le cerveau, tu l'as acheté d'occasion et tu ne t'en sors pas sur la période de rodage ? De quoi tu parles, abruti de mes deux ? Où as-tu appris à lire et à écrire ? Allez, courage, achète-toi un beau cerveau tout neuf, apprends à rédiger, et signe tes méfaits.

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Commentaires