mardi 2 décembre 2014

Le retour de Jean-Guy-Guillaume Goufumé


Souvenez-vous, mes chères, très chères, soldates des légions nord-coréennes, nous avions abandonné Jean-Guy-Guillaume à son triste sort dans les courants d’air du buffet de la gare d’Angoulême, en ce jour du 13 avril 2012 (un vendredi quasi saint), fête de saint Herménégilde, l’un des ces pauvres martyrs qui subirent en 585 de notre ère les pires sévices en terres espagnoles. Il avait dix-sept ans, et le père Veste, un bienfaiteur des adolescents, lui avait appris les subtilités de l’art de la bougie torsadée, une interprétation anusoïdale de l’origami. Mais qu’était-il devenu, ce pauvre Jean-Guy-Guillaume, inquiet qu’il était à l’idée de monter pour la première fois, et sans selle, dans un de ce ces TeuGueuVœux fendant les airs hexagonaux à la vitesse d’une vache au galop ? Oui, chères soldates, qu’est-il advenu de cet adolescent plus membré qu’il n’y paraissait aux yeux chassieux du père Veste ? 
Oui… L’aurions-nous éhontément laissé se noyer dans la fange de la grande capitale ? Eh bien non. Jean-Guy-Guillaume Goufumé, en débarquant porte Océane, dans un de ces élans provinciaux au charme surranné, s’était précipité sur une religieuse parfum chocolat sortant, l’iris écarquillé, de la chapelle des voyageurs de la gare Montparnasse. Sœur Marie-Maude, jeune professe des visitandines, repère la jeune brebis égarée. Elle la prend sous son aisselle velue, et, sur sa moto Guzzi, lui fait découvrir illico les lieux saints de Paris : Le Moulin rouge, Les Folies Bergères et Le Paradis latin. Oh, Le Paradis latin… La discrète retraite de Monseigneur Di Falco et du père Albert. C’est ce dernier qui lit dans les oreilles rouges de Jean-Guy-Guillaume un possible engagement en Dieu par la face nord, la plus impénétrable et la plus enneigée. Le père Albert, prosélyte bien connu des auditeurs de la Maison ronde, s’empare du jeune corps angoumoisin pour lui apprendre l’art et la manière de mettre en valeur et de protéger dans le même temps ses chouquettes par Dieu à lui confiées.
Durant deux ans, qui passèrent comme un songe où Jeanne d’Arc se faisait prendre en levrette derrière le jubé de l’église Saint-Étienne-du-Mont par l’esprit pénétrant du père Albert salivant la première épître de saint Paul aux Thessaloniciens, le père Albert soi-même et Jean-Guy-Guillaume Goufumé refondèrent allègrement les piliers de notre foi catholique : comment éviscérer un jihadiste récalcitrant, faire rendre gorge à une jeune verge timide, calmer au seuil de l’endormissement un garçon prépubère par une douce sucette, écarteler un fils du Prophète dans le chœur de Notre-Dame après lui avoir explosé les génitoires avec une ce ces belles grenades ananas que les Ricains popularisèrent sur de nombreux théâtres aux armées.
Jean-Guy-Guillaume avait trouvé sa voie, fût-elle labyrintesque, difficultueuse, surprenante malgré rien, et parfois douloureusement curative. JGGG soignait son âme quel qu’en fût le prix ; fin mentor, le père Albert se faisait un devoir quotidien d’apaiser les souffrances spirituelles du jeune Angoumoisin, même après lui avoir défoncé la rondelle. Sa carte de membre éminent de Chez Castel permettait au père Albert d’apaiser toute douleur de Jean-Guy-Guillaume Goufumé en l’entraînant au bar dudit établissement dont la moquette est constellée de milliers de bites très feng shui. Dans sa naïve splendeur, Jean-Guy-Guillaume s’extasia nuit après nuit : les bougies du père Veste n’avaient qu’à bien se tenir, Jean-Guy-Guillaume se sentait parisien, de plus en plus parisien. Il baisait les émeraudes du père Albert avec une remarquable dévotion et picolait des mojitos au basilic qui lui rappelaient à la larme près sa Charente natale.
Mais un jour le père Albert fit un AVC comme un enfant un château de sable : tout s’écroula à la marée suivante, le père Albert hurlait « Yves Saint-Laurent, reviens, ils ne te reconnaissent plus ! » en bavant comme une huître, une de ces grosses belons au bon goût de nuisette. Jean-Guy-Guillaume eut un coup de moins-bien ; finalement les bougies torsadées du père Gonzague Veste et les chaudasses sœurs Louise-Emmanuelle et Emma-Lou, les jumelles Truc, lui manquaient cruellement. Il ne se souvenait même plus qu’elles refoulaient du goulot, c’est dire… Et puis son camarade Pedro Coronà qui l’avait aidé à souffler ses dix-sept printemps au buffet de la gare d’Angoulême aux côtés de François-Xavier Bretelle… À ces souvenirs, Jean-Guy-Guillaume se mit à pisser moins, les yeux ravagés par les lames polissantes des claires de Marennes.
JGGG se traîna jusqu’à la gare Montparnasse, guetta en vain la moto Guzzi de sœur Marie-Maude devant la chapelle Saint-Bernard, puis se traîna jusqu’à l’échoppe de Paul où il empletta un de ces infâmes sandwichs délivrés par de jeunes dobermans. C’est là, en plein courant d’air, en plantant deux incisives dans le mol pain sésamé qu’il fut pris d’une violente hiérophanie. Ouiche, hurla-t-il en crachant alentour son gras de jambon et une tomate séchée, ouiche, elle m’attend, elle m’espère, elle me veut, je l’aime, je pointe, et autres fariboles de la même eau. Enfin, conjura-t-il avec son âme, enfin une manifestation du sacré dans l’intérieur de lemoi. Devant la foule attroupée autour de sa céleste personne, il se mit à léviter tel le moine Foudre-Bénie, négocia un virage sur l’aile jusqu’au TeuGueuVœu en partance pour la capitale de la cagouille et flotta béat au-dessus de la motrice jusqu’à Angoulême.
Elle était là, fossilisée depuis deux ans à une table du buffet, confite en dévotion, sale comme un peigne dans sa petite robe printannière. Thérèse Jem’avanceraijusqu’àl’auteldeDieulajoiedema jeunesse l’avait attendu, les mains en prière autour du verre de jus de tomate de son anniversaire. Jean-Guy-Guillaume Goufumé posa enfin pied à terre et se mit à prier à haute voix : je vais te transpercer, te piquer, t’épingler, te retourner, te dépecer, t’entrelarder, te boucher-charcutier. Elle opina. Homme fait il se senta ; il cocoriqua.




« Bientôt, Fleur, aux huit dixièmes ivre, sentit monter en elle un impérieux désir. Elle conduisit Toubon jusque dans la chambre, où ils se déshabillèrent avant de monter sur un lit décoré d’ivoire pour s’y livrer aux jeux de l’amour, collés l’un à l’autre comme de la laque à de la glu, variant à l’envi les positions et les attitudes. Leurs étreintes ne s’achevèrent que longtemps après leur début. »
(Le Pavillon des jades, roman érotique anonyme des Qing)

1 commentaire:

  1. Ne rêvez pas, «chères, très chères, soldates des légions nord-coréennes», Jean-Guy-Guillaume Goufumé ne sera jamais un bon soldat...

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Commentaires