dimanche 8 mars 2015

Ray-grass


Le fumier sèche. Les premiers navolants escadrillent : bourdons bleus, abeilles, papillons jaunes, papillons noirs, saloperies de mouches. 18°C sous le pull prudent (je n’ai pas envie de me reprendre une gastrippe). Les taupes, profitant d’un hiver trop doux, ont ravagé la pradelle ; les crocus se sont enfoncés dans des galeries obscures. Les vols de grues cendrées se succèdent, cap au nord-est. Le trou à feu espère ses premières grillades. Un calme pré-estival baigne les murs écroulés de la grange. Ça ne va pas durer, le ciel tourne au laiteux. Malgré tout, les hortensias bourgeonnent, les bruyères de printemps déploient leur mauve absolu. Il va falloir abattre vite les charmes, les frênes, les merisiers. Qu’est-ce qui s’écrit pendant ce temps-là ? Des mots enfin s’alignent, des pages se noircissent, mais dans l’accalmie c’est une convalescence. J’appartiens au tiers de l’humanité qui n’habite pas en ville — et je m’en félicite. Que valent les objets hyperconnectés devant un muret de pierres sèches ? Que valent les vagues internetiennes au pied d’un tremble ? Qui peut encore lire le frémissement d’un saule ou d’un bambou dans les brises d’aujourd’hui ? Deux cormorans approchent un héron blanc, le moteur d’une moto printanière bourdonne à l’ouest. Envahie par les mousses, la boîte aux lettres sous le noisetier s’est végétalisée. Aucune nouvelle digne d’intérêt ne parvient plus ici. C’est dimanche sous le soleil. Ralentie, la vie est là, ni pire ni meilleure qu’ailleurs, mais pleine. Pleine à dégorger. Mon cigare a une odeur de terreau. Je vais pisser sur le ray-grass du voisin.




« On s’adapte. On se réadapte. On procède à quelques correctifs et réalignements internes, on peaufine les réglages, on parvient à cette illusion reconduite d’équilibre entre chute et rétablissement, phénomène qui se répète chaque seconde dans la marche, et sur lequel se fonde à son tour notre sens automatique, cinématique — fonctionnellement adaptatif — du mouvement vers l’avant dans le continuum spatio-temporel. »
(Edward Abbey, Un fou ordinaire)

3 commentaires:

  1. C'est vrai. Tout est vrai...
    Et les merles, le matin !
    J'ai planté +ieurs dizaines de graines de rosiers, ce jourd'hui... Que vais-je faire de tous ces rosiers ?

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  2. Le Spiralwebman8 mars 2015 à 20:59

    Que te dire, ma vieille pougne, c'est que de l'éprouvé, du senti, de la fesse de nature, quatre cinquante !
    Pour tes rosiers, j'adopte les jeunes pousses dès que tu livres !

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  3. La brume, les gelées blanches et la sève qui monte. Pour les rosiers, une seule règle, taille tôt, taille tard, mais taille en mars. Au repiquage, bien praliner les racines. Est-il trop tard pour épandre le fumier ?

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Commentaires