samedi 23 janvier 2016

Le syndrome d'Alaeddine

Avoir du talent, c’est s’exposer chaque jour à la parabole et à la besogne. Autrement dit se frotter à la médiocrité télévisuelle, au poids métaphorique, à la lourdeur morale, au travail aveugle, à la sexualité mécanique. Tout cela peut dégager un certain charme durant un temps. Survient un moment d’extrême lassitude lorsque la vacuité d’un tel environnement vous explose en pleine tronche. Tout ça pour ça… L’inévitable recours aux substances toxicomaniaques s’impose telle une révélation divine, une piste noire à dévaler en ricanant. On s’obstrue alors tous les trous de toutes les drogues disponibles, et on rit, et on tremble, et on vomit dans une joie chimique inégalable. Rien de comparable offert aux vivants : beauté, couleur, poésie des sphères, musique interstellaire, douleur et torture secouées dans le grand shaker de Yahvé le Terrible ou dans le side-car d’une Oural. La grande dépression irlandaise, longtemps en embuscade, rompt toutes les digues : détestation de soi et des Britanniques retors, cheveux gras et filasses, stupeur et paralysie tissent la trame des jours et des nuits. Avec l’inévitable prise de poids des mutations sont à l’œuvre dans le secret des chairs. On soulage son ventre en le caressant dans le sens du poil, on gratte sa dermatose abdominale des heures entières ; une main distraite sur l’occiput d’un chat galeux. Par distraction, on émet de la fumée par tous les pores de sa vieille peau d’orignal, on libère des brumes dantesques et des brouillards féconds. On soulève une paupière : l’œuvre au rouge est en voie d’accomplissement, le magnum opus est palpable. Précieux, on renaît. Génie, on mute. On redevient enfant.




« Ni caméra, ni appareil photo. C’était l’apocalypse en direct, la folie originelle. Des larmes, des cris, de la sueur. Des familles entières abattues par leur propre terreur. Pour comprendre, il fallait être présent, payer le prix pour participer à ce que les fanatiques appelaient l’Heure de Grâce. Et c’était ça. »
(Cécile Coulon, Le Rire du grand blessé)

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