vendredi 26 février 2016

De l'outrage

Vingt heures de garde à vue, jugement en comparution immédiate, et condamnation à deux cent cinquante euros pour « outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique », en l’occurrence Manuel Valls. On ignore encore ce que qu’a pu dire Joël Moreau au Premier Sinistre. Mais de quoi parle-t-on ? Qui outrage qui ? Chacun dans sa sphère d’influence et d’autorité, Manuel Valls et François Hollande traitent les citoyens comme des chiens et défont jour après jour le tissu social et l’économie beaucoup plus vite que tous les gouvernements de droite comme de gauche qui les ont précédés. Ils organisent sciemment la faillite du pays pour contenter des banquiers assassins, et ils s’offusquent d’entendre quelques indomptables dirent tout haut ce que le peuple pense tout bas, dans l’ombre.
Je me sens outragé quand j’entends la ministre du Travail commenter les chiffres magouillés du chômage. Je me sens outragé quand j’entends Carla Bruni dire de Sarkozy qu’il est écrivain. Je me sens outragé quand j’entends Jean-Marie Le Guen parler de posture à propos de Martine Aubry lorsqu’elle publie sa tribune dans Le Monde. Je me sens outragé quand je vois Stéphane Le Foll s’offusquer des réactions désespérées des agriculteurs. Je me sens outragé quand j’entends François Hollande s’exprimer plus difficilement qu’un enfant de huit ans, quand je l’entends bafouiller à chaque discours, quand je l’entends affirmer que « la France est un pays du monde » (non ? incroyable !), quand je le vois trébucher sur une estrade ou sourire niaisement sur une scène internationale — question (et non pas outrage) : notre président est-il sénile, alcoolique, demeuré… ?
Je me sens outragé, mais n’étant pas dépositaire de l’autorité publique, je suis dans l’impossibilité constitutionnelle de déposer plainte et de demander réparation. Je me sens outragé chaque jour et j’ai mal au cul à force de me contenter de m’asseoir sur les outrages que l’on m’adresse. Vous la sentez venir, la révolution, bande de crétins incultes et sourds ? Non ? Vous devriez.




« Et puis les gens sont devenus difficiles sur la souffrance des autres. Pour qu’ils la comprennent, et encore, il faut qu’elle saigne et crie à leur tordre les tripes. Nous n’avons à offrir, nous autres, qu’une médiocre souffrance croupissante et avachie. Pas dramatique, pas héroïque du tout. Une souffrance dont on ne peut pas être fier. Quelques coups de pied au cul, quelques coups de crosse, au bout du compte ce n’est pas grand-chose. L'expérience de l'humiliation n'est pas grand-chose. Sauf pour celui qui est dedans, bien entendu : celui-là ne s’en débarrassera plus. Quand une fois une certaine confiance qu'on avait en soi et en l’homme a été ruinée, il n’y a pas de remède. »
(Georges Hyvernaud, La Peau et les Os)

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