samedi 27 février 2016

Je ne dors pas tranquille

Ce matin je me suis levé avec cette simple idée : je vais me faire Le Maire. Bruno. Un énarque abruti. Pardon, chères soldates des légions nord-coréennes, pour ce pléonasme de mauvais aloi — oui, je sais, je ne me suis pas adressé à vous depuis longtemps, mais j’avais fort à faire avec toute la connerie nationale qui affleure comme des moules sur les rochers lors des grandes marées —, cette pauvre figure de style qui rend vos yeux chassieux lors des défilés majestueux sur les artères de Pyongyang. Donc, le gars Le Maire, quarante-six ans, toutes ses dents vu qu’il a oublié d’être pauvre, s’est mis en tête de se présenter à la primaire à droite afin d’atteindre en tête l’élection suprême : « Que c’est bon de se lever le matin et de vouloir diriger le pays. » Sic. Déjà, ça fout la trouille. Quand je me lève le matin, je me dis : Que c’est bon de trouver le moyen de payer 149,43 € à EDF alors que je n’ai pas la queue d’un won. Vous voyez, chères soldates, il y aurait déjà de quoi s’énerver sans forcer.
Soyons magnanimes cependant. Avant de régler définitivement son compte (vous me connaissez) à l’archétype énarchique, examinons un peu son pedigree. Bruno Le Maire (il n’a pas pu s’empêcher d’avoir un patronyme en deux mots, une sorte de tic) a eu une enfance malheureuse. La médiocre chronique wikipédienne ne mentionne aucun sévice corporel, mais transpire chez le jeune Bruno un je-ne-sais-quoi dans le port altier de ses yeux bleus (dont il se plaint) de raide, de manche à balai avalé trop vite pour complaire à son entourage, une sorte de gaule de la cervelle, une gaule enfermée dans la gangue de béton pré-contraint de son éducation qui lui interdit toute éjaculation, fût-elle intellectuelle ; aurait-il souffert d’un harcèlement moral de la part de ses géniteurs ? C’est certain, il n’a jamais eu du temps de son adolescence le moindre émoi turgescent. Cet agrégé de lettres (nous y reviendrons) a-t-il lu Rimbaud, Apollinaire, Lautréamont, et plus près de nous Boris Vian ou le fabuleux Vendredi de Michel Tournier ? Non, à coup sûr. Ou s’il l’a fait, il est très, très con — entendons-nous bien, il s’agit d’une simple hypothèse philosophique, en aucun cas d’une injure ou d’un outrage à une personne dépositaire de l’autorité…
Fils de Maurice Le Maire, cadre chez Total, la multinationale écologiste bien connue, et de Viviane Fravin de Belâtre, directrice, entres autres établissements catholiques d’enseignement, du lycée Saint-Louis-de-Gonzague (Paris-16e), il a fait Normale Sup (comme Mazarine Pingeot qui conchie les auteurs de littérature jeunesse). Premier à l’agrégation de lettres, il passe par Sciences Po et intègre l’Ena (il y a des jours où je maudis De Gaulle). Son épouse, Pauline Doussau de Bazignan, a été son assistante parlementaire durant quatre ans ; si, si, il n’a peur de rien, le mec.
N’évoquons pas son mandat de député, ses années Villepin, ou son passage au ministère de l’Agriculture (qu’a-t-il fait pour les cul-terreux ? s’en souviennent-ils ?). Restons terre-à-terre : un tel parcours paraît légitime pour juger de la précarité qui concerne dix millions de Français, non ? Bruno sait de quoi il parle quand il s’engage pour la privatisation de Pôle Emploi, la suppression du Rsa, le plafonnement des minimas sociaux à 75% du Smic ou autres choses drôlatiques. Il pourrait tout aussi bien passer les chômeurs au fil de l’épée et instituer un peloton d’exécution pour les Rsaïstes. Ce serait bienvenu, et une bonne façon de refonder la société française — Bruno, je n’en doute pas, chères soldates des légions nord-coréennes, appréciera mon petit zeugma. Mieux : qu’il supprime les travailleurs et le travail quand il sera Président. Les travailleurs en ont plein le cul de se faire mettre par une bande de gros cons.
Et puis, tiens, je vais lancer une pétition pour fusiller tous les énarques, plastiquer l’Ena (franchement, Charles, je t’aimais bien avec tes bras en V, mais là t’as charrié), et, en attendant le Grand Soir, pour obliger chaque énarque, chaque haut-fonctionnaire, chaque élu de la République à adopter dix chômeurs et à leur trouver un job. Sinon : PAN !
Un peu de littérature pour finir (Bruno doit écrire lui-même ses livres, rendons-lui grâce de ça) ; rappelons-nous, premier à l’agrégation de lettres : « Mon intelligence est un obstacle. » Sic.

PS : Bruno, je t'affronte quand tu veux dans un débat télévisé. Chiche ?




« Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant. Le poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. »
(Arthur Rimbaud, « Lettre du voyant », Œuvres complètes)

1 commentaire:

  1. "Les jours de fête amusons -nous, de s'amuser il est si doux ..." LA CARMAGNOLE

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Commentaires