jeudi 28 juin 2018

Le matin je m'éveille avec le soleil

Le matin je m’éveille avec le soleil, je ne supporte plus les sombres mystères des volets, ou avec une de ces douleurs intercostales qui annoncent ma fin prochaine. Je n’oublie pas mon réflexe beauté, une gorgée d’eau pétillante, avant d’enfiler mes babouches dotées de talons autocollants amortissant mes épines calcanéennes. Je trébuche dans les pattes de Marceline et Vador, les deux chats survivants, avant de me soumettre au rituel d’une Picasso : pisser les couilles à l’air dans mon jardin. Je pète le saucison et le riesling de la veille jusqu’à la cuisine, suivi par les panthères, remplis leur gamelle de cette infâme bouffe qu’un jour de grande libation je m’étais risqué à goûter. Café, cigare, bronze. L’été je m’asseois sur le seuil de béton et parle aux herbes, l’hiver je tente de me rendormir devant les flammes désinvoltes des bûches de frêne qui peuplent le poêle. Je parle aux graminées ou aux bûches lumineuses avec une sorte d’entrain juvénile. Puis je rêve d’îles, où il est plus facile de régner dans de si petits royaumes. Ensuite il est temps de se mettre au boulot, la construction d’une serre bio pour la marijuana, celle d’une éolienne, rapport au saucisson, ou les mauvais jours la rédaction de trois lignes de folie dans un blog invisible. Le reste de la journée s’allonge en tâches inutiles : la composition d’un oratorio pour l’archevêché du Limousin, le polissage de chromes pour l’atelier Michel-Tournier, l’écriture de romans ferroviaires sponsorisés par Relay. Le soir, quelle que soit la saison, je m’effondre sur mon seuil de béton plein ouest et je prie Locusta, la sainte patronne des sauterelles, en compagnie de Vador l’intrépide et d’un cubi de côtes-du-rhône, le vin industriel le moins acide des contrées non sauvages. Je ne me souviens jamais du moment où je quitte le seuil pour m’enfoncer dans les replis de mon matelas mou. Mais je suis sûr d’une chose : le matin je m’éveille avec le soleil.




« Le vacarme des restaurants d’Ocean Drive remontait jusqu’à nous par saccades avant d’être balayé vers le large par un vent du nord fraîchissant qui nous rappelait qu’en ce moment c’était l’hiver et que là-haut, très loin vers le Septentrion, la neige était en train de tomber. »
(Jean-Paul Dubois, La Succession)

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