mercredi 18 juillet 2018

De la beauté

Il y a, dans la nuit qui approche, de la beauté, beauté qui refuse le sommeil, beauté qui ordonne aussitôt le ballet des chauves-souris.  De la beauté maintenant ! tout de suite ! À la seconde même où l’œil s’attarde à l’horizon. Un refus de l’avenir au profit d’une minute pleine, grasse, indivisible. Le ciel file vers les bleus et les mauves, rend permanents la symphonie des grenouilles et le déhanchement métallique du hérisson. L’hortensia crème blanchit, le romarin se prosterne vers les dalles de la terrasse. Le pinot noir se tarit au fond de la coupe tandis que les grillons entament leur chant obstiné. La beauté est bleu marine, fushia vivace, violette, gris fer, enchâssant les premières étoiles au cœur d’un bijou irréel. C’est l’instant reposoir, celui de la beauté suspendue à un fil d’araignée qui luit en tremblant dans le dernier contrejour, telle une jalousie de sieste estivale. C’est l’instant magique de la beauté immédiate, indiscutable, où chien et loup arborent des regards de faïence. La vie glisse, objet du culte, ostensoir des temps présents. On entend furtivement les chuchotis des dieux et les oracles des chamans. On plisse des paupières devant tant et tant de beauté dans la fumée d’un mauvais cigare.




« La nuit est un grand espace cubique. Résitant. Extrêmement résistant. Entassement de murs en tous sens, qui vous limitent, qui veulent vous limiter. Ce qu’il ne faut pas accepter. »
(Henri Michaux, La Nuit remue)

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